Couple

Samedi 7 janvier 2006 6 07 /01 /2006 23:17

« Premier axe : la création d'un espace conjugal. Cet espace conjugal est créé bien sûr consciemment et matériellement dans un premier temps, qu'il s'agisse d'une décision de vie commune ou de mariage. Même si c'est parfois, comme la clinique nous l'apprend, un espace moins repérable, un simple moment formalisé, ritualisé, il y a d'abord création d'un espace : un espace temporel, de temps partagé, et un espace matériel, un lieu permettant que ces rencontres se vivent.

Pourtant, cet espace repérable ou quantifiable n'est pas le seul créé à ce moment. Il y en a un autre, bien dissimulé sous le premier, même si souvent, la représentation mentale du premier nous donne un peu accès au second.

En d'autres termes – et c'est le deuxième axe -, la représentation que se font les conjoints de leur espace vital matériel, conscient, de leur cohabitation, donne souvent à penser l'autre espace : l'espace de circulation entre les deux psychismes et les deux inconscients.

Dès lors – troisième axe – le lien de couple peut se penser en termes de lieu, et plus précisément d'espace scénique, c'est-à-dire supportant une mise en scène des enjeux psychiques des deux sujets formant le couple. L'idée d'une création à l'oeuvre dans l'espace psychique conjugal, au sens de la création à l'oeuvre dans l'analyse, peut s'envisager. »

Danielle Bastien, Le couple ou le dialogue inconscient, 2005

 

Par DS - Publié dans : Couple
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Mardi 21 mars 2006 2 21 /03 /2006 12:17

"A notre époque, le couple semble être le creuset de l'institution du bonheur. Cette entité relationnelle particulière risque donc d'être le centre d'attentes importantes. Le fait qu'il y ait de nombreux divorces le prouve ; le divorce ne veut pas dire que l'on se désintéresse du couple ; au contraire, il prouve qu'on y attache une telle importance que l'on ne peut pas se résoudre à vivre dans un couple que l'on ne trouve plus suffisamment gratifiant. Chaque couple doit donc remplir une mission très importante : assurer l'épanouissement et le bonheur de chacun des membres. Bonheur total comprenant l'harmonie sentimentale, l'argent, le sexe, les loisirs, l'éducation des enfants, la gestion des parents qui vieillissent, etc., et ceci pour de nombreuses années. Cette institution du bonheur prévoit souvent que les conflits peuvent se gérer sur le mode de la négociation et des compromis. Le couple devient une longue conversation où il faut essayer de trouver un accord concernant toutes les décisions. Que faire alors des conflits non résolus ? Un couple peut-il tolérer la présence de ces conflits et jusqu'à quelle intensité ? Si ceux-ci sont trop prégnants, une séparation ou une cohabitation sans passion peuvent-elles être envisagées ? Ces conflits ouvrent des brèches dans l'institution du bonheur et obligent chaque conjoint à relativiser l'image idéale qu'il s'était construite.

De plus, et c'est nouveau, l'engagement du mariage comporte une nouvelle clause : «  Nous vivrons ensemble tant que nous pourrons nous entendre et garder une relation intéressante ». Se marier « pour le meilleur et pour le pire » peut devenir « se marier et se séparer pour éviter le pire ». Se quitter avant que la relation ne fasse trop souffrir devient une preuve de sincérité, un respect de l'autre qui permettra peut-être de conserver une relation parentale satisfaisante après la séparation. Les conflits, les incompréhensions, les divergences profondes obligent chacun à entreprendre un travail de transformation du mythe du couple qui nécessite parfois une intervention thérapeutique."

Chantal Van Cutsem, La famille recomposée, 1998
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Dimanche 14 mai 2006 7 14 /05 /2006 10:35

« La circulation au sein de l'espace psychique conjugal va (...) s'organiser autour du débat entre deux fantasmes. Elle va s'organiser dans la mise en tension entre les désirs d'accomplissements fantasmatiques associés à la circulation psychique et les défenses du moi qui y sont associées, liées à la crainte de la réalisation du fantasme. Ce qui fait lien et permet donc à l'espace et au débat de se maintenir, c'est le dépôt de parties de la psyché insuffisamment liées, symbolisées. C'est aussi la crainte d'un effondrement narcissique que l'installation de l'espace viendrait donner l'impression de garantir. C'est donc de la fragilité partielle ou plus vaste de l'édification du moi qu'il s'agit. C'est aussi de tous les processus qui vont être installés dans ces échecs partiels dont il est si souvent question dans la littérature abordant la clinique de couples : projections, identifications, identifications projectives, mais aussi pactes, dénis.

Pour débattre, (...) il faut un minimum d'accord dans le désaccord, un minimum de points communs, même s'ils divergent. Il faut aussi un minimum « d'intérêt », inconscient s'entend, pour dialoguer avec les fragilités narcissiques de l'autre. En somme, l'espace psychique créé permettra « du débat », s'il « résonne » pour chacun des conjoints. Non pas sous une forme d'identique (...), mais bien en écho, par l'intérêt que suscitent les trames fantasmatiques respectives de la confrontation qui en résulte.

On comprend mieux les moments d'inquiétante étrangeté, vécus en clinique, au cours desquels après avoir identifié précisément chez l'un les processus en jeu, l'articulation structurale des symptômes, ou avoir simplement donné sens à la souffrance, on découvre que l'autre, le conjoint, est tout aussi fragilisé sur un mode bien différent sans doute, mais n'en participant pas moins lui-même à ce qui circule dans l'espace psychique conjugal.

(...) L'espace psychique conjugal est un lieu de production d'inconscient. C'est-à-dire qu'il est autant lieu de levée du refoulement que d'installation de nouveaux sceaux de celui-ci. C'est un espace de mise en scène de la répétition, comme celui d'une potentielle création. La répétition n'est d'ailleurs, selon Freud, que la mise en acte de ce qui n'arrive pas à se dire, mais peut toujours être interprété comme si l'acte était une parole. »

Danielle Bastien, Le couple ou le dialogue inconscient, 2005
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Samedi 10 juin 2006 6 10 /06 /2006 12:37
"Longtemps réduit au strict espace nécessaire de la transmission du nom et du patrimoine, le couple moderne devient le lieu symbolique de toutes les réalisations personnelles, de toutes les attentes, de tous les rêves de dépassement. L'ampleur des enjeux et des motivations est à la hauteur des difficultés d'accomplissement d'un couple porteur de trop d'espoirs, et explique le fort taux de divorces actuellement constaté. Si la nature du couple a changé, sa durée, elle, reste la même. Ainsi que l'explique Philippe Ariès (Histoire des populations françaises et de leurs attitudes devant la vie depuis le XVIIIe siècle), la durée moyenne d'un couple au XIXe siècle est de dix ans : la vie est courte et les hommes se marient généralement tard. Les femmes sont épousées beaucoup plus jeunes, mais la mortalité en couches est courante. Les hommes et les femmes d'aujourd'hui accomplissent volontairement ce que la nature et ses aléas imposaient à leurs aïeux. La volonté individuelle a remplacé l'adversité, mais le résultat est identique : le couple a toujours la même durée de vie. L'arrangement entre personnes du même couple semble plus difficile qu'autrefois, et le projet individuel paraît l'emporter sur le projet familial. De nos jours, on va bien plus facilement tenter ailleurs ce que l'on n'a pas réussi à réaliser dans un premier couple."
Marie-Hélène Colson, Réaliser sa sexualité, 2001
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Vendredi 21 juillet 2006 5 21 /07 /2006 09:26
"Dans la relation de type conjugal, l'Objet élu doit (...) correspondre à la fois à des caractéristiques positives comme tout Objet dans toute relation amoureuse, mais en plus il doit présenter des caractéristiques complémentaires déterminantes, celles qui permettent au Sujet de maintenir son unité, la cohérence et la défense de son Moi, en somme sa stabilité et sa sécurité en face de menaces intérieures liées à la persistance de courants pulsionnels refoulés et restés vivaces. Ainsi, ce que le Sujet sélectionne parmi les caractéristiques de son futur conjoint, outre les possibilités communes de satisfactions, c'est sa capacité de participation à son organisation défensive, principalement dans les secteurs où il se présente quelque peu défaillant.

Telle est sans doute la loi la plus générale qui détermine les particularités du choix du partenaire principal dans la relation conjugale. On en trouve, en fait, peu d'exceptions ; c'est dire combien est important pour le thérapeute le repérage de ces particularités et leur signification à l'époque du choix, s'il veut comprendre les processus inconscients les plus importants sur lesquels s'est construite au départ la structuration du couple, liée à l'organisation défensive du sujet."
Jean-George Lemaire, Le couple : sa vie, sa mort, 1979
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