« Premier axe : la création d'un espace conjugal. Cet espace conjugal est créé bien sûr consciemment et matériellement dans un premier temps, qu'il s'agisse d'une décision de vie commune ou de mariage. Même si c'est parfois, comme la clinique nous l'apprend, un espace moins repérable, un simple moment formalisé, ritualisé, il y a d'abord création d'un espace : un espace temporel, de temps partagé, et un espace matériel, un lieu permettant que ces rencontres se vivent.
Pourtant, cet espace repérable ou quantifiable n'est pas le seul créé à ce moment. Il y en a un autre, bien dissimulé sous le premier, même si souvent, la représentation mentale du premier nous donne un peu accès au second.
En d'autres termes – et c'est le deuxième axe -, la représentation que se font les conjoints de leur espace vital matériel, conscient, de leur cohabitation, donne souvent à penser l'autre espace : l'espace de circulation entre les deux psychismes et les deux inconscients.
Dès lors – troisième axe – le lien de couple peut se penser en termes de lieu, et plus précisément d'espace scénique, c'est-à-dire supportant une mise en scène des enjeux psychiques des deux sujets formant le couple. L'idée d'une création à l'oeuvre dans l'espace psychique conjugal, au sens de la création à l'oeuvre dans l'analyse, peut s'envisager. »

"A notre époque, le couple semble être le creuset de l'institution du bonheur. Cette entité relationnelle particulière risque donc d'être le centre d'attentes importantes. Le fait qu'il y ait de nombreux divorces le prouve ; le divorce ne veut pas dire que l'on se désintéresse du couple ; au contraire, il prouve qu'on y attache une telle importance que l'on ne peut pas se résoudre à vivre dans un couple que l'on ne trouve plus suffisamment gratifiant. Chaque couple doit donc remplir une mission très importante : assurer l'épanouissement et le bonheur de chacun des membres. Bonheur total comprenant l'harmonie sentimentale, l'argent, le sexe, les loisirs, l'éducation des enfants, la gestion des parents qui vieillissent, etc., et ceci pour de nombreuses années. Cette institution du bonheur prévoit souvent que les conflits peuvent se gérer sur le mode de la négociation et des compromis. Le couple devient une longue conversation où il faut essayer de trouver un accord concernant toutes les décisions. Que faire alors des conflits non résolus ? Un couple peut-il tolérer la présence de ces conflits et jusqu'à quelle intensité ? Si ceux-ci sont trop prégnants, une séparation ou une cohabitation sans passion peuvent-elles être envisagées ? Ces conflits ouvrent des brèches dans l'institution du bonheur et obligent chaque conjoint à relativiser l'image idéale qu'il s'était construite.
"Longtemps réduit au strict espace nécessaire de la transmission du nom et du patrimoine, le couple moderne devient le lieu symbolique de toutes les réalisations personnelles, de toutes les attentes, de tous les rêves de dépassement. L'ampleur des enjeux et des motivations est à la hauteur des difficultés d'accomplissement d'un couple porteur de trop d'espoirs, et explique le fort taux de divorces actuellement constaté. Si la nature du couple a changé, sa durée, elle, reste la même. Ainsi que l'explique Philippe Ariès (Histoire des populations françaises et de leurs attitudes devant la vie depuis le XVIIIe siècle), la durée moyenne d'un couple au XIXe siècle est de dix ans : la vie est courte et les hommes se marient généralement tard. Les femmes sont épousées beaucoup plus jeunes, mais la mortalité en couches est courante. Les hommes et les femmes d'aujourd'hui accomplissent volontairement ce que la nature et ses aléas imposaient à leurs aïeux. La volonté individuelle a remplacé l'adversité, mais le résultat est identique : le couple a toujours la même durée de vie. L'arrangement entre personnes du même couple semble plus difficile qu'autrefois, et le projet individuel paraît l'emporter sur le projet familial. De nos jours, on va bien plus facilement tenter ailleurs ce que l'on n'a pas réussi à réaliser dans un premier couple."
"Dans la relation de type conjugal, l'Objet élu doit (...) correspondre à la fois à des caractéristiques positives comme tout Objet dans toute relation amoureuse, mais en plus il doit présenter des caractéristiques complémentaires déterminantes, celles qui permettent au Sujet de maintenir son unité, la cohérence et la défense de son Moi, en somme sa stabilité et sa sécurité en face de menaces intérieures liées à la persistance de courants pulsionnels refoulés et restés vivaces. Ainsi, ce que le Sujet sélectionne parmi les caractéristiques de son futur conjoint, outre les possibilités communes de satisfactions, c'est sa capacité de participation à son organisation défensive, principalement dans les secteurs où il se présente quelque peu défaillant.
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