Amour et société

Vendredi 5 août 2005 5 05 /08 /2005 00:00
Les affres de la vie amoureuse telle que nous la connaissons aujourd'hui sous nos lattitudes sont un luxe de pays riches. Nous pouvons passer des heures à nous occuper de notre vie sentimentale parce que nous n'avons pas à nous préoccuper de survivre. L'essentiel, le vital est assuré. Alors nous pouvons souffrir pleinement de l'amour, et goûter intensément à ses joies. Certes l'amour est de tous temps, mais ce n'est pas éternellement le même. Le nôtre est celui qui peut occuper toute sa place, parce que l'individu, invention moderne, en est le fondement. Au point d'en oublier parfois qu'une relation amoureuse se fait (conventionnellement) à deux, et qu'elle n'est pas qu'un rapport entre deux individualités, mais tout aussi bien un rapport.  Pas seulement deux je, mais tout aussi bien un nous.
Cela n'enlève rien aux joies et aux douleurs que l'on ressent. Il n'y a pas à rougir de ce luxe, mais il faut savoir que c'en est un.
Par DS - Publié dans : Amour et société
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Dimanche 11 septembre 2005 7 11 /09 /2005 00:00
La société actuelle fait de nous des automates efficaces à la production de richesses, qui devons être les meilleurs pour "mériter" et conserver notre place, sous peine d'exclusion. Chacun doit vendre ses "qualités" appropriées à la reproduction économique. Les rapports marchands deviennent la forme privilégiée des relations humaines.
Par effet de contamination, il en va de même dans les relations amoureuses. "L'amour" est un marché dans lequel la société nous pousse à plaire plutôt qu'à aimer, à séduire plutôt qu'à chérir. Dans la compétition amoureuse, l'autre est jugé sur sa valeur apparente, tandis que ses qualités humaines passent au second plan. Les sites de rencontres sont l'expression la plus visible de cet état de fait. La société actuelle interdit l'amour, et c'est pourquoi elle le conte tant.
 
Par DS - Publié dans : Amour et société
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Vendredi 23 septembre 2005 5 23 /09 /2005 00:00
"La baisse du désir sexuel, perçue comme le signe irrémédiable d'une incompatibilité, et la peur de s'enfermer dans un couple ennuyeux, amènent le ou les partenaires à abandonner le navire et à rechercher au plus vite un autre "objet de satisfaction".

La société du "tout est possible" dans laquelle nous vivons favorise ce comportement du "satisfait ou remboursé" appliqué aussi bien aux objets de consommation qu'aux objets affectifs.

La satisfaction absolue "clés en main", affichée dans tous les médias et la publicité, a fini par légitimer le droit à une complétude permanente et sans effort, qui réduit le consommateur à une sorte de "prédateur passif". Il n'accède plus à la question de son désir propre, le manque ne trouvant pas d'espace où s'exprimer.

Si le plaisir à être soi est totalement dépendant de la proposition de l'autre, si le désir propre est aboli et la quête qui mène à sa réalisation difficile, on comprend que la durée de vie des couples mariés ou non se réduise comme une peau de chagrin.

Dans la balance, "être aimé" pèse plus qu' "aimer", puisque c'est le bien-être personnel qui est visé dans la recherche d'un partenaire. Le déséquilibre de la demande amène à chercher ailleurs celui ou celle qui sera totalement comblant(e), "comme dans la pub" !"
Geneviève Djénati, Le prince charmant et le héros, 2004
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Mercredi 5 octobre 2005 3 05 /10 /2005 00:00

"La logique actuelle est celle de la consommation, et, bien souvent, les rapports entre jeunes partenaires s'essoufflent une fois que la première impulsion est passée. Cette logique de consommation affective place la sexualité au premier plan, et surtout la sexualité pulsionnelle, plutôt que relationnelle. Or en réalité, c'est la sexualité relationnelle (c'est-à-dire celle qui accorde de l'importance à l'autre) qui fait durer un rapport, y compris sur le plan sexuel."

Willy Pasini, Le couple amoureux, 2004

Par DS - Publié dans : Amour et société
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Vendredi 14 octobre 2005 5 14 /10 /2005 00:00
"Dans le domaine de l'érotisme et de l'amour, le monde ancien avait des règles morales rigides. Il prohibait l'inceste, fixait des obligations conjugales, condamnait l'adultère, la rupture de la promesse de mariage, et décrétait l'obligation d'épouser la jeune fille enceinte. Ces règles ont vieilli et, de jour en jour, elles perdent de leur importance. Les relations érotiques et amoureuses sont de plus en plus laissées à la libre expression individuelle, à la préférence et au plaisir. Nous l'observons chez les adolescents. Si un garçon s'engoue d'une fille plus jolie, laisser la précédente ne lui pose aucun problème. Si une fille rencontre un garçon qui lui plaît davantage que celui qu'elle fréquentait, elle le lui fait savoir. Et si celui-ci continue à l'aimer, s'il souffre, s'il se suicide ? Ce sont ses problèmes. Dans le domaine de l'amour, le sujet ne se sent pas responsable de ce que sent ou fait l'autre.

Ce type de comportements caractéristiques de l'adolescence est en train de s'étendre à la vie adulte. La morale défendue à la télévision par les feuilletons affirme clairement que la seule force capable de tenir un mariage uni est l'amour. L'amour justifie tout. La morale nouvelle a un seul commandement : « va où ton coeur te porte ». Si quelqu'un n'aime plus, s'il est pris de colère et de haine, il part sans se retourner pour observer la douleur et la dévastation qu'il laisse derrière lui. Le résultat est que, dans la vie réelle, le monde de l'amour et de l'érotisme est de plus en plus dominé par la logique de la préférence et de la loi du plus fort. Prenons le cas d'une femme qui a aidé son mari dans sa carrière, qui lui a donné des enfants et l'aime tendrement. Lui tombe amoureux d'une fille plus jeune et il l'épouse. La femme se met à boire et, quelques années après, meurt d'une cirrhose du foie. L'ex-mari ne se considère pas comme responsable moralement de cette mort. Prenons un autre cas : un homme de soixante ans subit un désastre financier, il tombe malade et la femme qui vit avec lui l'abandonne. Il meurt d'un infarctus. Dans ce cas non plus la femme ne pense pas avoir la moindre culpabilité, puisqu'elle ne l'aimait plus. Tout cela est-il juste ?

Evidemment, il n'y a aucun contrat, aucune loi morale qui puisse nous imposer d'aimer quelqu'un que nous n'aimons pas. Mais il ne s'ensuit pas automatiquement que nous ne sommes pas responsables des conséquences de nos actes. Cela reviendrait à violer les principes moraux fondamentaux de notre civilisation : le commandement biblique de ne pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'on vous fasse, l'enseignement de Kant d'agir selon la maxime que nous voudrions voir appliquée par tous et l'éthique de la responsabilité de Max Weber. Nous sommes toujours responsables du mal que nous causons aux autres et nous devons essayer de le réduire au minimum. S'il est vrai que nous ne pouvons nous forcer à aimer celui que nous n'aimons pas, il est tout aussi vrai que nous pouvons agir avec prudence, le traiter aimablement, l'aider dans le besoin et respecter sa dignité et sa valeur.

Nombre de gens soutiennent que l'amour ne se commande pas. Cela dépend du type d'amour. Beaucoup de prétendus grands amours ne sont que des engouements, des caprices, des toquades passagères. Même le véritable énamourement commence toujours par des explorations et, pour se développer, il a besoin de notre assentiment, de notre complicité. Que dire encore de la fausseté, de l'égoïsme et des méchancetés faites au nom de l'amour ? Quand l'amour est de la partie, devons-nous justifier toutes les turpitudes ? Un grand nombre de gens estiment aujourd'hui qu'aller où les porte leur coeur est toujours juste et légitime. Et ils s'indignent en entendant parler de responsabilité."

Francesco Alberoni, Je t'aime, 1996

 

Par DS - Publié dans : Amour et société
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