Romantisme

Vendredi 22 juillet 2005 5 22 /07 /2005 00:00
"De tous temps la femme a dû inspirer à l'homme une inclination distincte du désir, qui y restait cependant contiguë et comme soudée, participant à la fois du sentiment et de la sensation. Mais l'amour romanesque a une date : il a surgi au moyen âge, le jour où l'on s'avisa d'absorber l'amour naturel dans un sentiment en quelque sorte surnaturel, dans l'émotion religieuse telle que le christianisme l'avait créée et jetée dans le monde. Quand on reproche au mysticisme de s'exprimer à la manière de la passion amoureuse, on oublie que c'est l'amour qui avait commencé par plagier la mystique, qui lui avait emprunté sa ferveur, ses élans, ses extases ; en utilisant le langage d'une passion qu'elle avait transfigurée, la mystique n'a fait que reprendre son bien. Plus, d'ailleurs, l'amour confine à l'adoration, plus grande est la disproportion entre l'émotion et l'objet, plus profonde par conséquent est la déception à laquelle l'amoureux s'expose, - à moins qu'il ne s'astreigne indéfiniment à voir l'objet à travers l'émotion, à n'y pas toucher, à le traiter religieusement. Remarquons que les anciens avaient déjà parlé des illusions de l'amour, mais il s'agissait alors d'erreurs apparentées à celles des sens et qui concernaient la figure de la femme qu'on aime, sa taille, sa démarche, son caractère. On se rappelle la description de Lucrère : l'illusion porte seulement ici sur les qualités de l'objet aimé, et non pas, comme l'illusion moderne, sur ce qu'on peut attendre de l'amour. Entre l'ancienne illusion et celle que nous y avons surajoutée il y a la même différence qu'entre le sentiment primitif, émanant de l'objet lui-même, et l'émotion religieuse, appelée du dehors, qui est venue le recouvrir et le déborder. La marge laissée à la déception est maintenant énorme, parce que c'est l'intervalle entre le divin et l'humain."
Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, 1932
Par DS - Publié dans : Romantisme
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Samedi 17 septembre 2005 6 17 /09 /2005 00:00
"Nous sommes aujourd'hui confrontés à un paradoxe, puisqu'il semble que nous voulions fonder le mariage sur les valeurs développées par la passion, c'est-à-dire sur un mythe à l'opposé du mariage. Or le romantisme méprise la cohabitation stable et la quotidienneté, alors qu'il exalte l'aventure et le romanesque. La tendance actuelle de la télévision à mélanger le reality-show, la fiction et l'information renforce le paradoxe, pervertissant le rapport entre la vie vécue et la vie rêvée : les sentiments et les passions que nous voyons naître dans Loft Story, L'Île de la tentation n'ont pas plus de réalité que ceux développés dans les téléfilms à succès, mais pas moins que les faits divers développés au journal de 20 heures...
J'ai déjà traité de l'évolution actuelle du couple romantique en couple sensoriel, pour lequel l'érotisme et la recherche de sensations et de frissons sont plus importants que le coeur. Je le répète ici : il est tout aussi impossible de fonder le mariage sur le sexe, qui est instable par définition, que de planter des pilotis dans des sables mouvants. L'amour romantique se nourrit d'obstacles, de détachements, alors que le mariage se fonde sur la nécessité du quotidien et de l'adaptation à l'autre. Comme le disait déjà Denis de Rougemont, l'amour romantique a besoin de "douloureuse" séparation, tandis que le mariage appelle la "proximité" de l'autre."
Willy Pasini, Le couple amoureux, 2004
Par DS - Publié dans : Romantisme
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Lundi 14 novembre 2005 1 14 /11 /2005 00:00
"L'idéalisation romantique ne peut exister là où la sexualité n'a pas été l'objet d'interdits massifs. La passion aveugle étant seulement une libido "inhibée quant au but" (Freud), elle suppose au préalable qu'une telle inhibition - consécutive à un interdit - ait eu lieu. L'intensité amoureuse extrême ne peut se rencontrer que là où la société a contraint les individus à transformer l'énergie sexuelle en énergie passionnelle. Si, lors de son développement, la libido d'un individu n'a pas rencontré d'obstacle majeur (si son OEdipe s'est bien passé et qu'il a pu jouir d'une sexualité abondante dès sa maturité sexuelle), il sera peu apte à la passion amoureuse. L'idéalisation amoureuse et le besoin de mythifier la relation lui seront étrangers, et lui paraîtront incongrus. Il n'en ressentira tout simplement pas le besoin. Inversement, les "grands sentimentaux" ont tous connu, d'une façon ou d'une autre, une frustration sexuelle ou affective."
Vincent Citot, "Origine, structure et horizon de l'amour", in Le Philosophoire, 2005
Par DS - Publié dans : Romantisme
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