Amour profond

Dimanche 17 juillet 2005 7 17 /07 /2005 00:00
"Il faut sans aucun doute reconnaître que la pudeur, le désir, l'amour en général ont une signification métaphysique, c'est-à-dire qu'ils sont incompréhensibles si l'on traite l'homme comme une machine gouvernée par des lois naturelles, ou même comme un "faisceau d'instincts", et qu'ils concernent l'homme comme conscience et comme liberté".

Maurice Merleau-Ponty,
Phénoménologie de la perception, 1945





Par DS - Publié dans : Amour profond
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Lundi 18 juillet 2005 1 18 /07 /2005 00:00
C'est clair pour tous, l'amour est un sentiment, exalté comme tel par le romantisme. Sauf que s'il n'est que ça, alors il est voué à ne jamais durer. Qu'y a-t-il de plus instable que les sentiments ? Un jour on ressent telle chose, un autre, telle autre. Pire, dans la même journée, entre le matin et le soir, on peut ressentir une chose puis son contraire. Le matin j'aime cette femme, le soir, à cause d'un geste, d'une parole, elle m'irrite, m'énerve, me saoûle.
Qu'il y ait des sentiments dans l'amour, comme la tendresse, est certain. Mais pour qu'il soit un minimum solide, il faut  autre chose. Le désir est important, mais il est comme le sentiment : fluctuant. Et puis, il peut se porter sur quelqu'un d'autre. Que faut-il donc alors ? Un élément plus rationnel, qui donnera de la force à l'amour : la volonté. Volonté de s'engager dans une relation durable, volonté d'être avec l'autre, volonté de l'aimer. L'amour a besoin d'être ravivé, mais pas seulement par l'autre ; aussi par soi-même. Et pour cela, il faut le vouloir, il faut le décider.
L'amour est tout cela : sentiment, désir, volonté.  Que le premier manque, et la volonté sera celle d'une aventure sexuelle. Que la dernière manque, et au premier vacillement du sentiment, c'en sera fini. Le désir peut venir à manquer, l'amour peut, avec la vieillesse notamment, se passer de la sexualité. Mais tant que la libido est active, il doit être suscité. Sans quoi, la tromperie guette.
Par DS - Publié dans : Amour profond
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Samedi 23 juillet 2005 6 23 /07 /2005 00:00
Au début tout est rose. L'autre est idéalisé. Certain(e)s disent avoir trouvé leur âme-soeur, autrement dit quelque chose d'eux-même. La passion est un élan narcissique, on s'aime soi à travers l'autre, il est notre miroir qui de toutes parts nous renvoie à nous-même sous le meilleur jour. Puis vient le temps de la réalité, d'une certaine déception. L'autre est autre, il n'est pas soi. Il a sa liberté, ses défauts, il n'est pas infaillible, ni soumis à nos désirs. On le découvre. Si le désir est toujours là malgré tout, l'envie d'être avec l'autre, si les élans de tendresse existent toujours, alors il y a de fortes chances pour qu'on l'aime vraiment. Il faut que l'autre nous ait déçu pour mesurer combien on l'aime.
Par DS - Publié dans : Amour profond
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Lundi 22 août 2005 1 22 /08 /2005 00:00
Les histoires amoureuses commencent par la passion. Mais celle-ci n'a pas la solidité de l'amour. La première a pour elle l'intensité, le second la force. C'est aussi l'immaturité et la superficialité d'un côté, la maturité et la profondeur de l'autre. Non pas que la passion soit "mal" et l'amour "bien". Mais la première ne permet pas de construire dans la durée, de pérenniser la relation, de connaître l'autre et soi-même et de s'accepter réciproquement ; tout ce que l'amour permet, tout ce qu'il est en fait. On peut choisir la passion, mais il ne faut pas alors espérer l'amour ; ou choisir l'amour, mais accepter de ne plus être dans le passionnel. Tout choix est une perte, une élimination, mais c'est aussi une liberté, un engagement de soi.
Il est possible de ne pas choisir : l'amour avec un compagnon ou une compagne, avec qui éventuellement on se marie et fait des enfants ; la passion amoureuse avec un amant ou une maîtresse. Mais ce choix du non choix finira en souffrance. Le couple légitime finira par en pâtir, et l'amour avec lui. Ce choix du non choix est au bout du compte celui de la passion au sacrifice de l'amour. Parce que le conjoint ou la conjointe finit par découvrir la vérité, le comportement de celui ou celle qui mène une double vie se modifiant peu à peu, aussi bien positivement que négativement.
On peut apprendre à aimer. Pour cela il faut mûrir affectivement, sortir de ses blessures d'enfance, et faire le deuil de la passion. Mais il n'est pas sûr qu'on puisse y parvenir sans passer par une crise importante engendrant une remise en cause profonde. Ce sont les épreuves de la vie qui font grandir, à condition de vouloir en tirer des enseignements. Sans quoi on risque de répéter indéfiniment la même situation.
Lorsqu'on tombe amoureux, on retombe en adolescence. Pour construire la relation, il faut ensuite passer en commun de la passion à l'amour. Ne pas tout attendre de l'autre, ne pas exister qu'à travers ses yeux, voir l'autre tel qu'il est et non selon ses rêves. L'aimer au quotidien plutôt qu'être amoureux(se) dans les bons moments seulement. Pour aimer, il faut en faire le choix.

 
Par DS - Publié dans : Amour profond
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Lundi 12 septembre 2005 1 12 /09 /2005 00:00
"Un des ingrédients les plus importants de l'amour est l'estime réelle de l'autre personne. Tout comme pour la confiance en soi, ceci suppose une connaissance suffisante pour que cette appréciation soit vraiment fondée sur la réalité. Cette estime suppose également une concordance entre certaines de nos valeurs et des qualités réelles de la personne qu'on aime. C'est parce que l'autre correspond au moins en partie à ce que nous jugeons valable que nous sommes capables de l'aimer. L'amour et le mépris se combinent très mal.

On dit souvent que l'amour est aveugle. Plusieurs croient aussi que l'amour véritable devrait être absolu. Mais l'amour s'applique au contraire à des qualités réelles et à des dimensions particulières de la personne. Dans le grand amour, on voudrait considérer l'autre personne comme une idole aux qualités extraordinaires et on fait de son mieux pour y parvenir. Dans un amour entre égaux, on considère l'être aimé comme une personne réelle dont on apprécie et valorise certaines caractéristiques. C'est de l'estime plus que de l'admiration que nous éprouvons.

Cette estime est une réaction égalitaire. Pour estimer quelqu'un, il faut être d'un calibre comparable. Les qualités qu'on reconnaît à l'autre nous sont assez familières pour que nous soyons capables de les reconnaître et d'en apprécier l'ampleur. L'admiration, au contraire, impliquerait une inégalité importante entre les deux personnes et se traduirait par une distance proportionnelle à cette inégalité. La personne admirative, en effet, se considère inférieure à l'autre et, à cause de cette infériorité, elle n'ose pas s'en approcher vraiment. Toute forme de contact réel devient alors difficile."
Jean Garneau, "Les mythes amoureux", La lettre du psy, 2000
 
Par DS - Publié dans : Amour profond
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