
"Si l'on soumet à une étude analytique approfondie des cas d'impuissance psychique marquée, voici ce qu'on apprend sur les processus psychosexuels qui y sont à l'oeuvre. Le fondement de l'affection est ici, encore une fois - et comme probablement dans tous les troubles névrotiques - une inhibition dans l'histoire du développement de la libido vers sa configuration finale que l'on peut appeler normale. Deux courants ici ne se sont pas rejoints, dont la réunion seule assure un comportement amoureux parfaitement normal ; ces deux courants, nous pouvons les ditinguer comme étant l'un, le courant
tendre et l'autre le courant
sensuel."
Sigmund Freud,
Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse, 1912
Vendredi 2 septembre 2005

"Le nouveau-né, en vérité, vient au monde avec de la sexualité ; certaines sensations sexuelles accompagnent son développement de nourisson et de petit enfant et bien peu d'enfants pourraient se soustraire aux activités et sensations sexuelles avant la puberté. [...] les organes de reproduction proprement dits ne sont pas les seules parties du corps qui procurent des sensations de plaisir sexuel et [...] la nature justement contraignante a fait en sorte que des stimulations mêmes des organes génitaux sont inévitables pendant la petite enfance. Cette période de la vie pendant laquelle un certain taux de plaisir sexuel véritable est produit par l'excitation de différents points de la peau (zones
érogènes), par l'activité de certaines pulsions biologiques et par coexcitation dans de nombreux états affectifs, on la décrit selon l'expression empruntée à Havelock Ellis comme la période de l'
auto-érotisme."
Sigmund Freud, "Les explications sexuelles données aux enfants", 1907
Vendredi 2 septembre 2005

"Quand je bouge les yeux, je tiens compte de leur mouvement, sans en prendre conscience expresse, et je comprends par lui que le bouleversement du champ visuel n'est qu'apparent. De même la sexualité, sans être l'objet d'un acte de conscience exprès, peut motiver les formes privilégiées de mon expérience. Prise ainsi, c'est-à-dire comme atmosphère ambiguë, la sexualité est coextensive à la vie. Autrement dit, l'équivoque est essentielle à l'existence humaine, et tout ce que nous vivons ou pensons a toujours plusieurs sens. Un style de vie, - attitude de fuite et besoin de solitude, - est peut-être une expression généralisée d'un certain état de la sexualité. En se faisant ainsi existence, la sexualité s'est chargée d'une signification si générale, le thème sexuel a pu être pour le sujet l'occasion de tant de remarques justes et vraies en elles-mêmes, de tant de décisions fondées en raison, il s'est tellement appesanti en chemin qu'il est impossible de chercher dans la forme de la sexualité l'explication de la forme de l'existence. Il reste que cette existence est la reprise et l'explicitation d'une situation sexuelle, et qu'ainsi elle a toujours au moins un double sens. Il y a osmose entre la sexualité et l'existence, c'est-à-dire que si l'existence diffuse dans la sexualité, réciproquement la sexualité diffuse dans l'existence, de sorte qu'il est impossible d'assigner, pour une décision ou une action donnée, la part de la motivation sexuelle et celle des autres motivations, impossible de caractériser une décision ou un acte comme "sexuel" ou "non sexuel"."
Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, 1945

"En biologie, on rend compte de l'existence de besoins sexuels chez l'homme et chez l'animal au moyen de l'hypothèse d'une "pulsion sexuelle". On suit en cela l'analogie avec la pulsion d'alimentation, la faim. Il manque au langage populaire une désignation équivalente au mot "faim" ; la science emploie à cet effet le terme de "
libido"."
Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, 1905

"J'ai parlé ailleurs de l'erreur de Freud qui ne voit dans l'amour que l'expression - ou une sublimation - de l'instinct sexuel, plutôt que de reconnaître dans le désir sexuel une manifestation du besoin d'amour et d'union. Mais l'erreur de Freud va plus loin. Conformément à son matérialisme physiologique, il considère l'instinct sexuel comme résultant d'une tension douloureuse, produite chimiquement à l'intérieur du corps, et qui vise à la décharge. Le but du désir sexuel est d'éliminer cette tension douloureuse : élimination dans laquelle réside la satisfaction sexuelle. Cette thèse est valide dans la mesure où le désir sexuel opère de la même façon que la faim ou la soif dans le cas d'un organisme sous-alimenté. Ainsi conçu, le désir sexuel se réduit à un prurit, dont la supression est génératrice de plaisir. En fait, si l'on s'en tenait à cette conception de la sexualité, la masturbation constituerait la satisfaction sexuelle idéale. Ce que Freud, assez paradoxalement, ignore, c'est l'aspect psycho-biologique de la sexualité, l'opposition polaire entre le masculin et le féminin, et le désir de relier les deux pôles par l'union. Cette curieuse erreur fut probablement facilitée par les fortes tendances patriarcales de Freud, qui l'amenèrent à supposer que la sexualité
per se est masculine et lui firent ainsi méconnaître ce qu'il y a de spécifique dans la sexualité féminine."
Erich Fromm, L'art d'aimer, 1956
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