Amour et jalousie

Jeudi 7 juin 2007 4 07 /06 /2007 08:52
"L'homme possessif veut enfermer sa bien-aimée et la garder pour lui tout seul. Il construit des barrières de plus en plus hautes pour éviter le danger, réel ou imaginaire, qu'elle prenne du plaisir sans lui. "Tu m'étouffes", crie la victime. "Non, je t'aime plus que tout au monde." Mais s'il s'agit vraiment d'amour, pourquoi l'aimée a-t-elle l'impression d'être mangée toute crue ? Pour Mélanie Klein, la jalousie est souvent une envie masquée que le nouveau-né éprouve naturellement à l'égard du sein maternel et de sa mère, dont il dépend et reçoit tout ce dont il a besoin (le lait, la chaleur). Quand, au cours de la petite enfance, il ne s'est pas développé un sentiment d'empathie entre la mère et l'enfant, celui-ci, devenu adulte, aura du mal à accéder à la gratitude envers l'autre, qui marque le début du véritable amour ou, tout au moins, de la possibilité de "coexistence". Et en effet, bien des personnes possessives, plus envieuses que jalouses, ont au fond d'elles la sensation de ne pas avoir reçu assez quand elles étaient petites."
Willy Pasini, La jalousie, 2004
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Vendredi 29 juin 2007 5 29 /06 /2007 18:05
"L’assimilation de la jalousie à l’amour me paraît en fait relever plutôt d’une position névrotique (au sens de la névrose ordinaire) qui considère l’amour comme un désir de possession exclusive de la personne aimée et non comme une rencontre dont l’objet nous échappe et qui est toujours marquée du sceau du ratage. D’une certaine manière, le jaloux ne vit l’amour que d’en être exclu. Signe de la dépendance imaginaire à l’autre sous le mode de la convoitise, la jalousie est sans doute inhérente au désir quand il prend un tour passionnel et pulsionnel, et non pas à l’amour, en se déployant dans un « trop d’amour » qui s’indique dans un « pas moi sans toi » ou dans un « tout, c’est trop » : le jaloux n’en a jamais assez parce qu’il occupe la place de celui qui est en trop. Pris dans l’orgueil exacerbé d’un « moi tout seul » ou d’un « pas l’autre sans moi », sa blessure narcissique masque son refus de la différence. On peut dire alors que la jalousie n’est pas tant un vilain défaut qu’un défaut qui tourne au vilain."

Jean-Pierre Durif-Varembon, "La passion de la jalousie, maladie d'amour ?",
in Cahiers de psychologie clinique, 2002
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Mercredi 17 octobre 2007 3 17 /10 /2007 17:42
Chaumier-deliaison-amoureuse.gif "Pour Nena et George O'Neill, c'est le contrat du mariage clos, et la promesse d'exclusivité, qui crée la jalousie. Sans la possession préalable, il n'y a pas de jalousie. L'idéal d'autosuffisance des amants ("Je serai tout pour toi et tu seras tout pour moi", énoncé par la Loi) génère la jalousie. Ceci est amplifié par le manque de confiance en soi et le sentiment d'insécurité, par la peur de ne pas "être à la hauteur" ou concurrencé par un rival plus audacieux et plus expérimenté, notamment sur le plan sexuel. Ceci d'autant plus que la relation est ancienne et épuisée. Francesco Alberoni précise que la jalousie survient à la fin de l'état amoureux, avec l'institutionnalisation de la relation. La jalousie n'est pas le signe de l'amour, mais une marque de l'insécurité et de la dépendance. Elle est liée au projet du couple construit sur un idéal de fermeture : quand on n'existe que par l'autre, le moindre détournement du regard est une négation de son identité".
Serge Chaumier, La déliaison amoureuse, 1999
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Dimanche 27 avril 2008 7 27 /04 /2008 13:48
"La (...) jalousie projetée provient de la propre infidélité dont le sujet fait preuve dans la vie ou d'impulsions à l'infidélité qui ont succombé au refoulement. C'est un fait d'expérience quotidienne que la fidélité, surtout celle qui est exigée dans le mariage, ne peut être maintenue que contre des tentations constantes. Celui qui dénie ces tentations ressent pourtant leur pression avec une telle force qu'il a volontiers recours à un mécanisme inconscient pour se soulager. Il atteint un tel soulagement, voire même un acquittement vis-à-vis de sa conscience, en projetant ses propres impulsions à l'infidélité sur l'autre partie, et pourrait se justifier par la réflexion que le ou la partenaire n'est vraisemblablement pas meilleur que soi-même.
Les usages sociaux ont tenu compte de cet état de choses d'une manière avisée en permettant un certain jeu à l'envie de plaire de la femme mariée et à l'envie de conquérir de l'époux, dans l'espoir de drainer ainsi l'inexorable penchant à l'infidélité et de le rendre inoffensif. La convention établit que les deux parties n'ont pas à se tenir rigueur de ces petits écarts en direction de l'infidélité, et elle obtient la plupart du temps que la convoitise qui s'est enflammée pour un objet étranger soit satisfaite, dans un certain retour à la fidélité, aurpès de l'objet propre. Mais le jaloux ne veut pas reconnaître cette tolérance conventionnelle, il ne croit pas qu'il y ait d'arrêt ou de retour une fois que le chemin a été emprunté, ni que le "flirt" mondain puisse être une assurance contre une infidélité réelle".
Freud, "Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l'homosexualité", 1922
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /2008 22:36
"... tout notre intérêt qui se porte vers le monde extérieur et les autres personnes se fonde, en fin de compte, sur le besoin que nous avons d'eux. Nous en avons besoin pour deux raisons : l'une est évidemment d'obtenir d'eux des satisfactions à la fois pour nos besoins de conservation et de plaisir, l'autre pour les haïr, afin de pouvoir expulser en dehors de nous et décharger sur eux ce qui est mauvais et dangereux en nous. Je pense que c'est pourquoi la jalousie est si souvent ressentie alors qu'elle n'est pas fondée. Lorsque quelqu'un - inconsciemment - éprouve le sentiment de manquer d'amour et de bonté et craint que ce défaut ne soit découvert par le partenaire amoureux ou ne le blesse, alors il commence à être jaloux et à rechercher chez l'autre un manque d'amour afin de ne pas voir ce défaut en lui-même, afin de voir le mal chez un rival au lieu de le voir en lui".
Joan Riviere, "La haine, le désir de possession et l'agressivité", 1936
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