
"Le plus important de ce qui se vit dans la relation du couple est
sans doute
l'enrichissement et la confortation narcissique des partenaires. Tout se passe comme si à la base de toutes ces relations, on trouvait d'abord la
quête d'une relation visant à conforter un Sujet jamais suffisamment comblé ni sécurisé. Au fond de l'insuffisance narcissique fondamentale du "manque" existentiel, aparaît le mouvement, et se font
jour les pulsions qui commandent le choix de l'Objet et l'organisation de la relation avec lui : restauration narcissique pour les plus traumatisés, qui ont subi les carences les plus graves, ou
que des conditions internes ont empêché de parvenir à une suffisante unité ; confortation pour d'autres, qui, moins blessés et susceptibles d'autres modes de vie, trouvent néanmoins soulagement et
plaisir à se trouver confirmés dans le sentiment de leur valeur propre par un
alter ego intimement apprécié et dès lors bien placé pour conforter.
Mais cet intense "comblement narcissique", nécessaire à la survie pour les uns, source d'intense plaisir pour tous, c'est la relation amoureuse en général qui l'apporte. (...) La relation amoureuse
exprime, au moins au niveau des fantasmes, une tendance à la fusion mutuelle, à l'effacement des limites des deus sujets, à la formation d'une sorte de frontière commune extérieure à tous les deux
: tentatives pour reformer la symbiose primitive de la dyade mère-enfant, processus d'annexion partielle permettant d'éviter la séparation avec ses angoisses abandonniques, ou de possession
réciproque, apportant les bénéfices érotiques liés à la fusion : fusion nostalgiquement désirée et fantasmatiquement vécue à certains moments, tel l'orgasme.
Mais fusion dangereuse si elle a quelque intensité : elle serait régression annihilante dans une "désindividuation", dans une "dédifférentiation" et en fin
de compte dans un retour au grand tout, au néant et au zéro du temps.
(...)
l'équilibre de la relation nécessite que les inconvénients mortifères de la si délicieuse fusion amoureuse soient évités par l'édification de protections
individuelles. Une distantiation doit devenir possible, ne serait-ce que pour protéger l'autre ou soi-même contre un excès d'affect, dévorant dans l'amour comme dans la haine ; lent
apprentissage, jamais achevé, toujours indispensable."
Jean-George Lemaire, Le couple : sa vie, sa mort, 1979
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