Fusion/défusion

Mercredi 28 septembre 2005
"L'amour, par sa composante intense d'appropriation ou de fusion inconsciente, c'est-à-dire par l'emprise qu'il exerce, représente souvent un authentique danger psychique pour l'autre : phénomène à l'origine des plus fréquentes ruptures des couples.

Danger existentiel majeur en ce qu'il met en question et parfois menace chez l'aimé sa propre possession de soi-même, son propre fonctionnement psychique, sa propre capacité de sentir, et de penser librement : parfois jusqu'à sa propre autonomie psychique, sa propre identité, sa propre individuation. Et cela non pas bien qu'il soit aimé, non ! Mais au contraire, précisément, parce qu'il est aimé.

Comme le chante la Carmen de Bizet : « Si je t'aime, prends garde à toi... » "

Jean-George Lemaire, Comment faire avec la passion, 2005
Par DS
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Samedi 22 octobre 2005
"Les deux amoureux sont attirés l'un vers l'autre par une force qui tend à les fondre pour créer une entité nouvelle, le couple. Chacun, cependant, reste un individu avec son histoire personnelle particulière, avec ses parents, ses frères et soeurs, ses objets d'amour, ses croyances, ses rêves et ses aspirations. Même dans le plus grand des amours il y a toujours un choc dialectique entre la force qui tend à la fusion et celle qui tend à l'individuation. La première veut l'accomplissement du groupe, l'autre l'accomplissement de l'individu. C'est pour cette raison que ceux qui s'aiment d'amour apparaissent extrêmement altruistes et extrêmement égoïstes. Chacun veut son propre bonheur et l'arracher à l'autre. Mais pour se réaliser lui-même, il doit vouloir l'autre, il doit l'accepter, l'aimer et se modeler sur lui."
Francesco Alberoni, Je t'aime, 1996
Par DS
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Lundi 13 mars 2006

« Les couples qui se constituent sur cette base le font grâce à une reconnaissance réciproque assez rapide. L'aspect fusionnel de leur attachement sera très important dès le départ. Cette idée renforce leur identité de couple et augmente la distance entre eux deux et l'extérieur. Le couple est vécu comme un refuge, comme un lieu de bien-être contre les agressions extérieures. Il permet peu de différenciation au niveau des sentiments, de l'évolution personnelle, et le couple parental tend à éduquer les enfants comme les parents eux-mêmes l'ont été. Montrer à l'extérieur leur entente de couple est une vérification de leur propre relation. Toute mise en question personnelle sera niée si elle ne passe pas par le couple. La relation avec l'autre doit correspondre à une attente totale. Pour trouver un accord, un des deux abdique toujours par rapport à l'autre. La relation présente un aspect très fonctionnel où il y a peu d'évolution personnelle possible. Parfois, l'admiration du conjoint est lourde à porter car elle est aussi très exigeante. »

Chantal Van Cutsem, La famille recomposée, Erès, 1998

Par DS
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Jeudi 10 août 2006
"La clinique des difficultés sexuelles paraît (...) montrer l'existence d'une dialectique particulière où semblent s'opposer un courant qui veille à préserver l'indépendance de chacun en limitant la mise en commun, et un courant érogène incitant à une plus grande fusion, vécue comme condition de l'orgasme et des phénomènes d'abandon mutuel qui accompagnent la "petite Mort". Pour que l'érotisation atteigne un haut degré, il semble qu'il faille toujours un minimum de ce vécu fusionnel, qui a une grande parenté avec le sentiment océanique décrit par Freud. Sans ce minimum d'abandon de soi-même à l'autre, et d'appropriation de l'autre par soi, la satisfaction érotique semble rester limitée, et, à la limite, réduite à sa dimension physiologique de décharge."
Jean-George Lemaire, Le couple : sa vie, sa mort, 1979



Par DS
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Dimanche 7 janvier 2007
"Le plus important de ce qui se vit dans la relation du couple est sans doute l'enrichissement et la confortation narcissique des partenaires. Tout se passe comme si à la base de toutes ces relations, on trouvait d'abord la quête d'une relation visant à conforter un Sujet jamais suffisamment comblé ni sécurisé. Au fond de l'insuffisance narcissique fondamentale du "manque" existentiel, aparaît le mouvement, et se font jour les pulsions qui commandent le choix de l'Objet et l'organisation de la relation avec lui : restauration narcissique pour les plus traumatisés, qui ont subi les carences les plus graves, ou que des conditions internes ont empêché de parvenir à une suffisante unité ; confortation pour d'autres, qui, moins blessés et susceptibles d'autres modes de vie, trouvent néanmoins soulagement et plaisir à se trouver confirmés dans le sentiment de leur valeur propre par un alter ego intimement apprécié et dès lors bien placé pour conforter.

Mais cet intense "comblement narcissique", nécessaire à la survie pour les uns, source d'intense plaisir pour tous, c'est la relation amoureuse en général qui l'apporte. (...) La relation amoureuse exprime, au moins au niveau des fantasmes, une tendance à la fusion mutuelle, à l'effacement des limites des deus sujets, à la formation d'une sorte de frontière commune extérieure à tous les deux : tentatives pour reformer la symbiose primitive de la dyade mère-enfant, processus d'annexion partielle permettant d'éviter la séparation avec ses angoisses abandonniques, ou de possession réciproque, apportant les bénéfices érotiques liés à la fusion : fusion nostalgiquement désirée et fantasmatiquement vécue à certains moments, tel l'orgasme.

Mais fusion dangereuse si elle a quelque intensité : elle serait régression annihilante dans une "désindividuation", dans une "dédifférentiation" et en fin de compte dans un retour au grand tout, au néant et au zéro du temps.

(...) l'équilibre de la relation nécessite que les inconvénients mortifères de la si délicieuse fusion amoureuse soient évités par l'édification de protections individuelles. Une distantiation doit devenir possible, ne serait-ce que pour protéger l'autre ou soi-même contre un excès d'affect, dévorant dans l'amour comme dans la haine ; lent apprentissage, jamais achevé, toujours indispensable."
Jean-George Lemaire, Le couple : sa vie, sa mort, 1979
Par DS
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