"La femme qui refuse de se faire aimer sacrifiera son amour en sacrifiant
l’objet de son désir : à l’homme qu’elle aime, qu’elle désire, à l’homme qui la fait jouir, elle peut renoncer, ou même elle en arrive, dans des cas extrêmes, à le tuer. Elle choisit de tuer
son amant plutôt que de rester avec lui, mais non par vengeance ou parce qu’elle aurait subi quelque tort de sa part : pourquoi alors tuer l’amant quand la passion de celui-ci se déclare
ouvertement, quand il n’y a plus d’obstacle, quand ce qui n’était qu’un rêve semble se réaliser ? Face au bonheur de l’amour, la femme se retire, rejette son objet, répond « non » à
l’amour de son amant. Pourquoi ne veut-elle plus de cet amour ?
L’homme jusqu’alors impossible, ou qui la faisait souffrir, décide finalement de « garantir » son amour : mariage, engagement de vie en commun, promesse de bonheur. Alors le
« non » de la femme peut prendre la forme, l’intensité, l’énormité du meurtre, du meurtre de l’homme aimé.
Le « non » de la femme ne vient pas d’une baisse ou d’un manque de sentiments : au contraire, elle tue parce qu’elle aime, au degré le plus fort, le plus passionné. Comme si le
meurtre lui permettait d’hiberner son amour à jamais : la perte est la seule manière de conserver, l’amour et l’aimé à la fois, pour toujours. Il s’agit d’un délit à cibles multiples : l’amant, le père et le désir de
la femme sont visés par l’acte, ainsi que sa féminité."
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