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Dimanche 26 mars 7 26 /03 /Mars 21:01

« A la différence de l'amour fraternel et de l'amour érotique qui s'établissent entre égaux, le relation de la mère et de l'enfant implique par sa nature même une inégalité, l'un ayant besoin d'un soutien total et l'autre le lui donnant. C'est en vertu de ce caractère désintéressé, altruiste, que l'amour maternel a été considéré comme la forme suprême de l'amour et comme le plus sacré de tous les liens affectifs. Toutefois, nous semble-t-il, l'accomplissement véritable de l'amour maternel ne réside pas dans l'attachement de la mère à son bébé, mais dans l'amour qu'elle témoigne à l'enfant en croissance. En fait, les mères sont en grande majorité des mères aimantes aussi longtemps que l'enfant est petit et se trouve encore dans une complète dépendance vis-à-vis d'elles. La plupart des femmes veulent des enfants, sont heureuses de leur nouveau-né et débordantes de sollicitude pour lui. Et ceci, en dépit du fait qu'elles n'en « reçoivent » rien en retour, sinon un sourire ou une expression de satisfaction. Sans doute cette attitude aimante s'enracine-t-elle en partie dans un équipement instinctif qui appartient en commun aux animaux et à la femelle humaine. Mais, quel que puisse être le poids de ce facteur instinctif, il reste que des facteurs spécifiquement humains, d'ordre psychologique, sont responsables de ce type d'amour maternel. Relevons entre autres l'élément narcissique. Dans la mesure où la mère ressent encore son nourrisson comme une partie d'elle-même, son amour et son engouement peuvent avoir comme sens de satisfaire son narcissisme. Une autre motivation, susceptible d'entrer en ligne de compte, est la volonté de puissance, le désir de possession. Pour une femme dominatrice et possessive, l'enfant constitue un objet naturel de satisfaction dans la mesure où il est démuni et complètement assujetti à sa volonté.

(...) Mais l'enfant doit grandir. Il doit émerger de la matrice, se détacher du sein maternel ; il doit, en fin de compte, devenir un être humain complètement séparé. L'essence même de l'amour maternel est de veiller à la croissance de l'enfant, ce qui signifie vouloir que l'enfant se sépare. Ici réside la différence fondamentale avec l'amour érotique. Dans ce dernier, deux personnes jusqu'alors séparées deviennent une. Par contre, dans l'amour maternel, deux personnes n'en faisant qu'une jusqu'alors en arrivent à se séparer. Et il importe que la mère, non seulement tolère, mais souhaite et même favorise cette séparation. Ce n'est qu'à ce stade que l'amour maternel devient une tâche extrêmement difficile, qu'il exige du désintéressement, la capacité de donner tout et de ne rien vouloir sinon le bonheur de l'être aimé. C'est aussi à ce stade que bien des mères faillissent aux exigences de l'amour maternel. »

Erich Fromm, L'art d'aimer, 1956
Par DS - Publié dans : Amour parental
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