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Samedi 20 janvier 2007 6 20 /01 /Jan /2007 09:35
"Le couple fusionnel est un couple clos sur lui-même, un couple-étouffoir, un couple-prison, selon les multiples qualificatifs qui lui ont été donnés. Le conjoint le plus mature le vit consciemment mal tandis que le plus infantile se raccroche à la présence de l'autre comme une dernière planche de salut : "On s'est connu très jeunes, cela fait vingt-deux ans que l'on vit ensemble, raconte Alain, quarante-cinq ans, et aujourd'hui, je n'ai plus envie de vivre en permanence avec mon épouse. Or le problème, c'est qu'elle ne comprend pas et que si je ne suis pas là, elle est très mal. Elle répète sans arrêt qu'on n'a plus d'avenir, que sa vie n'a plus de sens." C'est la première fois qu'Alain peut venir consulter seul, son épouse n'ayant jamais accepté jusqu'alors qu'il se déplace sans elle. "Elle ne supporte pas que je fasse quelque chose seul. Je suis passionné de voile, mais je n'ai jamais pu partir seul. Elle n'aime pas ça, mais s'oblige à venir avec moi. On ne peut pas se séparer, mais ensemble on se fait du mal. Je me rends compte que je la rends malheureuse et ça me rend malheureux." Les paradoxes de la double contrainte éclatent avec évidence dans le couple fusionnel clos, aux autres et à la vie. Il ne dure qu'au prix des résignations de l'un ou des deux, des frustrations et du refoulement des pulsions qui s'inscrivent souvent dans le corps sous forme de maladie psychosomatique, ce pourquoi Alain venait consulter.

Le mariage clos a été décrit par Nena et George O'Neill comme une union dans laquelle la règle est de partager les mêmes amis, d'abandonnner ceux que l'un ne peut supporter, d'avoir les mêmes loisirs, de devancer les désirs de l'autre, de soigner et de consoler le conjoint "et de ne jamais se sentir attiré par une autre personne (N. O'Neill et G. O'Neill, Le mariage open, Montreal, Select, 1976, cité par Serge Chaumier, La déliaison amoureuse, Paris, Armand Colin, 1999)". Cette union est viable si les deux conjoints restent dans la dépendance infantile toute leur vie et si le milieu familial est suffisamment capable de contenir et d'étouffer leurs désirs d'évolution."
Philippe Brenot, Inventer le couple, 2001
Par DS - Publié dans : Fusion/défusion
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 13:58
"Le plus important de ce qui se vit dans la relation du couple est sans doute l'enrichissement et la confortation narcissique des partenaires. Tout se passe comme si à la base de toutes ces relations, on trouvait d'abord la quête d'une relation visant à conforter un Sujet jamais suffisamment comblé ni sécurisé. Au fond de l'insuffisance narcissique fondamentale du "manque" existentiel, aparaît le mouvement, et se font jour les pulsions qui commandent le choix de l'Objet et l'organisation de la relation avec lui : restauration narcissique pour les plus traumatisés, qui ont subi les carences les plus graves, ou que des conditions internes ont empêché de parvenir à une suffisante unité ; confortation pour d'autres, qui, moins blessés et susceptibles d'autres modes de vie, trouvent néanmoins soulagement et plaisir à se trouver confirmés dans le sentiment de leur valeur propre par un alter ego intimement apprécié et dès lors bien placé pour conforter.

Mais cet intense "comblement narcissique", nécessaire à la survie pour les uns, source d'intense plaisir pour tous, c'est la relation amoureuse en général qui l'apporte. (...) La relation amoureuse exprime, au moins au niveau des fantasmes, une tendance à la fusion mutuelle, à l'effacement des limites des deus sujets, à la formation d'une sorte de frontière commune extérieure à tous les deux : tentatives pour reformer la symbiose primitive de la dyade mère-enfant, processus d'annexion partielle permettant d'éviter la séparation avec ses angoisses abandonniques, ou de possession réciproque, apportant les bénéfices érotiques liés à la fusion : fusion nostalgiquement désirée et fantasmatiquement vécue à certains moments, tel l'orgasme.

Mais fusion dangereuse si elle a quelque intensité : elle serait régression annihilante dans une "désindividuation", dans une "dédifférentiation" et en fin de compte dans un retour au grand tout, au néant et au zéro du temps.

(...) l'équilibre de la relation nécessite que les inconvénients mortifères de la si délicieuse fusion amoureuse soient évités par l'édification de protections individuelles. Une distantiation doit devenir possible, ne serait-ce que pour protéger l'autre ou soi-même contre un excès d'affect, dévorant dans l'amour comme dans la haine ; lent apprentissage, jamais achevé, toujours indispensable."
Jean-George Lemaire, Le couple : sa vie, sa mort, 1979
Par DS - Publié dans : Fusion/défusion
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Mercredi 22 novembre 2006 3 22 /11 /Nov /2006 11:08
"On a beau reconnaître que les attitudes maternelles ne relèvent pas de l'instinct, on pense toujours que l'amour de la mère pour son enfant est si fort et presque général qu'il doit bien emprunter un petit quelque chose à la nature. On a changé de vocabulaire, mais pas d'illusions.
Nous avons été confortés en ce sens, notamment par les études des éthologistes sur le comportement de nos cousines germaines, les singes femelles supérieurs, à l'égard de leurs petits. Certains crurent pouvoir en tirer des conclusions quant aux attitudes des femmes. Puisque ces singes nous ressemblaient tant, il fallait bien conclure que nous étions comme eux...
D'aucuns acceptèrent de bon coeur ce cousinage, d'autant qu'en substituant au concept d'instinct (qu'on abandonnait aux guenons) celui d'amour maternel, on faisait semblant de s'éloigner de l'animalité. Le sentiment maternel paraît moins mécanique ou automatique que l'instinct. Sans en voir la contrepartie, la contingence de l'amour, notre orgueil d'humanoïde fut satisfait.
En réalité, la contradiction n'a jamais été plus grande. Car si on abandonne l'instinct au profit de l'amour, on conserve à celui-ci les caractéristiques de celui-là. Dans notre esprit, ou plutôt dans notre coeur, on continue de penser l'amour maternel en termes de nécessité. Et malgré les intentions libérales, on ressent toujours comme une aberration ou un scandale la femme qui n'aime pas son enfant. Nous sommes prêts à tout expliquer et à tout justifier plutôt que d'admettre le fait dans sa brutalité. Au fond de nous-mêmes, nous répugnons à penser que l'amour maternel n'est pas indéfectible. Peut-être parce que nous refusons de remettre en cause l'amour absolu de notre propre mère...
L'histoire du comportement maternel des Françaises depuis quatre siècles n'est guère réconfortante. Elle montre non seulement une grande diversité d'attitudes et de qualité d'amour mais aussi de longues périodes de silence. Certains diront peut-être que propos et comportements ne dévoilent pas tout le fond du coeur et qu'il reste un indicible qui nous échappe. A ceux-là nous sommes tentés de répondre par le mot de Roger Vailland : "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour." Alors, quand les preuves se dérobent, pourquoi ne pas en tirer les conséquences ?
L'amour maternel n'est qu'un sentiment humain. Et comme tout sentiment, il est incertain, fragile et imparfait. Contrairement aux idées reçues, il n'est peut-être pas inscrit profondément dans la nature féminine. A observer l'évolution des attitudes maternelles, on constate que l'intérêt et le dévouement pour l'enfant se manifestent ou ne se manifestent pas. La tendresse existe ou n'existe pas. Les différentes façons d'exprimer l'amour maternel vont du plus au moins en passant par le rien, ou le presque rien."
Elisabeth Badinter, L'amour en plus, 1980
Par DS - Publié dans : Amour parental
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Samedi 4 novembre 2006 6 04 /11 /Nov /2006 09:37
Selon Aldo Naouri, il existe une Loi de l'espèce, l'interdit de l'inceste. Cette loi est fragile. Il en donne les raisons.

"Quel est le point de fragilité de cette Loi qui fait qu'elle est à ce point malmenée ?
C'est la relation de toute mère à son enfant, quel que soit le sexe de ce dernier. Car, par essence, cette relation prête le flanc, comme je l'ai laissé entendre, à une dérive incestueuse. Quelle mère ne rêve-t-elle pas que son enfant "ne manque de rien". De qui "ne manque de rien", je l'ai signalé, le latin dit qu'il est incestus. Si une telle propension maternelle s'avère indispensable à l'enfant dans les premières semaines de sa vie, elle lui est nuisible, autant qu'elle l'est à sa mère, et à son couple parental, assez rapidement. Or aucune mère ne peut spontanément mettre un frein à sa propension. Elle ne le peut que sous l'effet de l'intervention, à caractère jugé fréquemment arbitraire donc récusable, du père de l'enfant. Elle ne pourra recevoir cette intervention que sur fond de sa propre histoire, sur fond, autrement dit, du statut que sa propre mère a conféré à son propre père. La manière dont une mère reçoit l'intervention du père de ses enfants permettra ou non à sa fille de recevoir celle du père du sien, et à son fils de tenir ou non une parole en direction de sa femme. C'est en raisons du risque de répétition couru par chaque couple au passage des générations que le contexte sociétal a décidé, jusqu'à une date très récente, de soutenir délibérément la place conférée au père dans la constellation familiale. Qu'un tel soutien ait donné lieu à des abus de pouvoir et à l'éclosion d'inégalités insupportables ne justifiait peut-être pas la totale mise hors circuit de l'instance paternelle et la stupide promotion de sa version mère bis."
Aldo Naouri, Adultères, 2006
Par DS - Publié dans : Amour parental
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Jeudi 2 novembre 2006 4 02 /11 /Nov /2006 10:12
"Voilà (...) matière à dessiner une fois de plus l'asymétrie foncière des rapports [entre hommes et femmes]. L'un [l'homme], n'ayant qu'une seule source de plaisir [le coït], s'attache à l'autre [la femme] qui en a deux à sa disposition [le coït, les enfants]. L'un ne peut pas se passer de l'autre, alors que cette autre peut parfaitement se passer de lui. Qui domine l'autre ? Qui a dominé l'autre, même et y compris au sein des sociétés patriarcales ? On répond à cette question en prenant seulement en considération ce qui est patent et visible : la violence manifestée par les hommes, aussi ostensible qu'est leur sexe, sans prendre en considération la violence féminine, infiniment plus subtile et masquée comme l'est le sexe féminin lui-même. On plaquera évidemment, sur une telle remarque, la notion intangible du respect que chacun doit marquer quant à la liberté de l'autre de disposer de son corps comme il l'entend. Il n'en reste pas moins que le couple qui s'est formé sur une entente fondée sur le libre choix voit souvent, avec la naissance des enfants, celle-ci voler en éclats. Or c'est sur ce point que peut se plaider l'existence d'une violence subtile. Car qui assurera à l'homme sa recharge en ocytocine [hormone dite de l'attachement] si celle à qui il propose l'union la lui refuse ? Il est vrai qu'elle pourra toujours plaider, pour sa part, qu'elle n'en éprouve pas le besoin et qu'elle ne veut pas se forcer même si elle subodore qu'elle pourrait y reprendre goût. Les partenaires vont alors entamer une ronde infernale dont le pronostic est le plus souvent assez sombre. L'effet castrateur de ce refus se trouvant fréquemment relayé par des conduites et des propos infinement plus destructeurs encore. C'est la voie ouverte - et combien souvent ai-je eu l'occasion de le vérifier ! - non seulement à l'adultère, à visée réparatrice sinon consolatrice, de l'homme, mais à la rupture définitive du couple".
Aldo Naouri, Adultères, 2006
Par DS - Publié dans : Couple
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