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"Le couple fusionnel est un couple clos sur lui-même, un
couple-étouffoir, un couple-prison, selon les multiples qualificatifs qui lui ont été donnés. Le conjoint le plus mature le vit consciemment mal tandis que le plus infantile se raccroche à la
présence de l'autre comme une dernière planche de salut : "On s'est connu très jeunes, cela fait vingt-deux ans que l'on vit ensemble, raconte Alain, quarante-cinq ans, et aujourd'hui, je n'ai plus
envie de vivre en permanence avec mon épouse. Or le problème, c'est qu'elle ne comprend pas et que si je ne suis pas là, elle est très mal. Elle répète sans arrêt qu'on n'a plus d'avenir, que sa
vie n'a plus de sens." C'est la première fois qu'Alain peut venir consulter seul, son épouse n'ayant jamais accepté jusqu'alors qu'il se déplace sans elle. "Elle ne supporte pas que je fasse
quelque chose seul. Je suis passionné de voile, mais je n'ai jamais pu partir seul. Elle n'aime pas ça, mais s'oblige à venir avec moi. On ne peut pas se séparer, mais ensemble on se fait du mal.
Je me rends compte que je la rends malheureuse et ça me rend malheureux." Les paradoxes de la double contrainte éclatent avec évidence dans le couple fusionnel clos, aux autres et à la vie. Il ne
dure qu'au prix des résignations de l'un ou des deux, des frustrations et du refoulement des pulsions qui s'inscrivent souvent dans le corps sous forme de maladie psychosomatique, ce pourquoi Alain
venait consulter.
"Le plus important de ce qui se vit dans la relation du couple est
sans doute l'enrichissement et la confortation narcissique des partenaires. Tout se passe comme si à la base de toutes ces relations, on trouvait d'abord la
quête d'une relation visant à conforter un Sujet jamais suffisamment comblé ni sécurisé. Au fond de l'insuffisance narcissique fondamentale du "manque" existentiel, aparaît le mouvement, et se font
jour les pulsions qui commandent le choix de l'Objet et l'organisation de la relation avec lui : restauration narcissique pour les plus traumatisés, qui ont subi les carences les plus graves, ou
que des conditions internes ont empêché de parvenir à une suffisante unité ; confortation pour d'autres, qui, moins blessés et susceptibles d'autres modes de vie, trouvent néanmoins soulagement et
plaisir à se trouver confirmés dans le sentiment de leur valeur propre par un alter ego intimement apprécié et dès lors bien placé pour conforter.
"On a beau reconnaître que les attitudes maternelles ne relèvent pas de l'instinct, on pense toujours que l'amour de la mère pour son enfant est si fort et presque général qu'il doit bien emprunter un petit quelque chose à la nature. On a changé de vocabulaire, mais pas d'illusions.
Selon Aldo Naouri, il existe une Loi de l'espèce, l'interdit de l'inceste. Cette loi est fragile. Il en donne les raisons.
"Voilà (...) matière à dessiner une fois de plus l'asymétrie foncière des rapports [entre hommes et femmes]. L'un [l'homme], n'ayant qu'une seule source de plaisir [le coït], s'attache à l'autre [la femme] qui en a deux à sa disposition [le coït, les enfants]. L'un ne peut pas se passer de l'autre, alors que cette autre peut parfaitement se passer de lui. Qui domine l'autre ? Qui a dominé l'autre, même et y compris au sein des sociétés patriarcales ? On répond à cette question en prenant seulement en considération ce qui est patent et visible : la violence manifestée par les hommes, aussi ostensible qu'est leur sexe, sans prendre en considération la violence féminine, infiniment plus subtile et masquée comme l'est le sexe féminin lui-même. On plaquera évidemment, sur une telle remarque, la notion intangible du respect que chacun doit marquer quant à la liberté de l'autre de disposer de son corps comme il l'entend. Il n'en reste pas moins que le couple qui s'est formé sur une entente fondée sur le libre choix voit souvent, avec la naissance des enfants, celle-ci voler en éclats. Or c'est sur ce point que peut se plaider l'existence d'une violence subtile. Car qui assurera à l'homme sa recharge en ocytocine [hormone dite de l'attachement] si celle à qui il propose l'union la lui refuse ? Il est vrai qu'elle pourra toujours plaider, pour sa part, qu'elle n'en éprouve pas le besoin et qu'elle ne veut pas se forcer même si elle subodore qu'elle pourrait y reprendre goût. Les partenaires vont alors entamer une ronde infernale dont le pronostic est le plus souvent assez sombre. L'effet castrateur de ce refus se trouvant fréquemment relayé par des conduites et des propos infinement plus destructeurs encore. C'est la voie ouverte - et combien souvent ai-je eu l'occasion de le vérifier ! - non seulement à l'adultère, à visée réparatrice sinon consolatrice, de l'homme, mais à la rupture définitive du couple".