Oh ! l'amour

Beaucoup pensent que l'amour est affaire de chance, et est finalement quelque chose de passif, dont chacun serait capable spontanément. Pourtant, comme le soulignait le psychanalyste Erich Fromm, rien n'est plus difficile que l'amour : "Il n'y a guère d'activité, d'entreprise, dans laquelle on s'engage avec des espoirs et des attentes aussi démesurées, et qui pourtant échoue aussi régulièrement que l'amour" (L'art d'aimer, 1956). Aimer, cela s'apprend.

Aux réflexions sur l'amour érotique ou conjugal, s'ajoutent aussi celles sur l'amour que les parents portent à leurs enfants, tant, là aussi, les choses sont loin d'être simples, si l'on veut bien admettre qu'il ne suffit pas de faire des enfants pour savoir les aimer.

Enfin, les thématiques du développement personnel et de l'estime de soi étant très en vogue, et ceux-ci étant généralement compris dans le sens individualiste et égoïste qui imprègne notre société, l'amour de soi est également interrogé, d'autant que, dit-on, on ne peut aimer autrui si l'on ne s'aime pas soi-même.

Tel est donc le sens de ce blog : réfléchir et faire réfléchir sur l'amour (des autres, de soi), le couple, le mariage, le divorce, l'adultère, le désir, la sexualité, la famille, l'inceste, à travers mes propres réflexions, lectures et recherches.
Jeudi 25 juin 2009
"La jalousie est une crispation sur un objet déjà perdu, c'est l'antichambre de la mélancolie. L'autre non seulement ne nous appartient plus mais ce qui nous apparaît soudain, et personne ne l'a mieux décrit que Proust, c'est qu'il ne nous a jamais appartenu. Illusoire était la perception de cette entre-appartenance à vie d'une peau, d'un regard, d'un prénom à nous destinés. Et avec lui (ou elle) c'est un monde qui vacille. Tout est devenu friable, fragile, incertain. Il n'y a plus de limites au doute, au vertige qui saisit soudain le sujet d'une solitude nouvelle, sans bord ni parole fiable. C'est le monde proche qui est atteint, et avec lui cette sorte de lumière qui le nimbait. La trahison de l'autre, imaginée, supposée ou réelle, a pris toute la place, ne laissant qu'un territoire dévasté où le coeur, ce chasseur solitaire, s'est rendu.

Il n'y a pas de trêve, pas de quiétude possible. C'est l'angoisse de l'abandon qui le plus souvent agit comme une déferlante prête à attaquer le rivage du sujet sans relâche ; plus forte que l'amour, plus insistante que le désir. On oublie même pourquoi l'autre vous était si précieux ; oubliés les querelles, les défaillances, l'ennui, il ne reste plus qu'une nostalgie aussi fausse que tout ce qu'on recompose après coup. La jalousie est une seconde vie, qui s'immisce en vous et prend toute la place. Comme la mélancolie, elle substitue au sujet fragilisé, composite, brinquebalant, un objet digne de toutes les attentions. un autre recomposé, un mannequin de cire prêt à tous les usages, toutes les prières, tous les marchandages.

Construire un objet de fascination et de haine est un recours inespéré pour un sujet qui ne sait pas où est son désir ; brusquement l'objet de toutes ses pensées se dérobe : Où est-il, avec qui ? entre quels bras ? Que lui a-t-elle promis ? Et c'est l'échappée belle. Tout est happé par ce ballet épuisant, obsessionnel, ces idées fixes qui vous dévorent. Vous avez besoin de l'autre et il n'est pas là, il se dérobe. Ou bien il est là et c'est pire encore car vous le soupçonnez d'être ailleurs. Ce vacillement au bord du vide est une jouissance, il vous fait battre le coeur et chercher partout des preuves de ses mensonges."
Anne Dufourmantelle, En cas d'amour, 2009
Par DS - Publié dans : Amour et jalousie - Communauté : Relations amoureuses
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Samedi 16 mai 2009
"La fusion amoureuse devient ce remarquable creuset d'illusions qui donne le sentiment que l'autre va combler les carences en Masculin et en Féminin, les frustrations et les privations de son passé. Durant cette période, chacun se montre sous ses meilleurs aspects. Il est le Prince charmant ou elle est la Belle au bois dormant. Mais la gageure ne tient pas longtemps. C'est le désenchantement. La colère liée aux désirs non comblés par le partenaire grandit et prend le pas dans cette danse des dupes. L'un quitte son masque de l'amant qui rendait à l'autre ce sentiment perdu d'unité originelle, pour revêtir celui de l'enfant oublié et aux besoins insatisfaits. Là, il confond son partenaire avec ses parents. Il ne sait pas que sa colère est constituée de la méconnaissance que son compagnon ne peut être pourvu des traits de caractère de ses parents qui auraient dû prendre soin de lui dans son enfance. Chacun doit sortir du sentiment que l'autre doit répondre aux attentes de satisfaction complète rappelant l'unité originelle mère-enfant. Et chacun doit reconnaître dans sa colère l'expression de la douleur des blessures du passé rouvertes par les frustrations inévitables que son partenaire lui fait vivre. Le couple est un véritable révélateur des émotions refoulées de l'enfance et qui doivent trouver guérison autrement que dans l'amour fusionnel."
Laurent Malterre, La guerre des sexes, 2009
Par DS - Publié dans : Fusion/défusion - Communauté : Parlons d'amour
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Dimanche 26 avril 2009
"... dans un monde d'apparence, ce qui importe, ce n'est pas ce que l'on est, mais ce que l'on donne à voir, ce ne sont pas les conséquences lointaines de nos actes, mais les résultats immédiats et apparents. C'est la raions majeure qui explique la banalisation de la perversion : dans tous les domaines s'affirme la tendance à traiter l'autre comme un objet dont on se sert tant qu'il est utile, et que l'on jette dès qu'il ne convient plus. Selon le psychanalyste Charles Melman, qui parle d'une "nouvelle économie psychique", la perversion serait même devenue une norme sociale (Charles Melman, L'Homme sans gravité. Entretiens avec Jean-Pierre Lebrun, Denoël, Paris, 2002).
De fait, nous assistons actuellement à une nettre augmentation des pathologies narcissiques, car ce type de personnalité est hyperadapté au monde moderne. Ces changements de l'individu moyen sont le reflet des mutations induites par la vie des entreprises et la guerre économique : conditionné par le mythe de l'Homo oeconomicus engagé dans la "lutte pour la vie" contre les autres, il tend à être impulsif, toujours dans l'agir ; il manque d'intériorité et reste dans des relations ludiques, superficielles. Ces individus cultivent cette superficialité qui les protège dans les relations affectives et évitent tout engagement intime, ce qui les maintient dans une insécurité affective dont ils se plaignent. Ils cherchent un sens à leur vie et tentent à tout prix, même aux dépens de l'autre, à combler leur vide intérieur.
[...] C'est la fin de l'épaisseur, de la profondeur des sentiments. Tout est superficiel, à fleur de peau. La moindre remarque entraîne des réactions épidermiques. L'importantce donnée à sa propre image entraîne une fragilité narcissique qui amène certains à s'écrouler à la moindre critique d'un supérieur hiérarchique ou d'un ami. De plus en plus de personnes se sentent mal comprises, rejetées, et toute critique est vécue comme une agression. Ce sentiment de persécution reflète bien la porosité des enveloppes corporelles et psychiques de ces personnes : il témoigne qu'elles n'ont pas pu établir dans leur enfance des barrières de protection leur garantissant un moi autonome ; il leur faut donc se protéger de toute intrusion du dehors et se différencier des autres.
C'est sa fragilité narcissique qui empêche un individu pervers de voir l'autre comme un sujet et de compatir à sa souffrance. Et c'est aussi ce qui le pousse à s'affirmer en harcelant les autres ou en leur pourrissant la vie. Même si tous les individus narcissiques ne sont pas pervers, on constate bien une banalisation des comportements pervers : on attache de moins en moins d'importance à l'autre et on se déresponsabilise. En cas de problème, on ne se remet pas en question, on en attribue la responsabilité à un tiers".
Marie-France Hirigoyen, Les nouvelles solitudes, 2007
Par DS - Publié dans : Amour de soi, narcissisme - Communauté : Relations amoureuses
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Dimanche 19 avril 2009
"La femme qui refuse de se faire aimer sacrifiera son amour en sacrifiant l’objet de son désir : à l’homme qu’elle aime, qu’elle désire, à l’homme qui la fait jouir, elle peut renoncer, ou même elle en arrive, dans des cas extrêmes, à le tuer. Elle choisit de tuer son amant plutôt que de rester avec lui, mais non par vengeance ou parce qu’elle aurait subi quelque tort de sa part : pourquoi alors tuer l’amant quand la passion de celui-ci se déclare ouvertement, quand il n’y a plus d’obstacle, quand ce qui n’était qu’un rêve semble se réaliser ? Face au bonheur de l’amour, la femme se retire, rejette son objet, répond « non » à l’amour de son amant. Pourquoi ne veut-elle plus de cet amour ?
L’homme jusqu’alors impossible, ou qui la faisait souffrir, décide finalement de « garantir » son amour : mariage, engagement de vie en commun, promesse de bonheur. Alors le « non » de la femme peut prendre la forme, l’intensité, l’énormité du meurtre, du meurtre de l’homme aimé.
Le « non » de la femme ne vient pas d’une baisse ou d’un manque de sentiments : au contraire, elle tue parce qu’elle aime, au degré le plus fort, le plus passionné. Comme si le meurtre lui permettait d’hiberner son amour à jamais : la perte est la seule manière de conserver, l’amour et l’aimé à la fois, pour toujours.
Il s’agit d’un délit à cibles multiples : l’amant, le père et le désir de la femme sont visés par l’acte, ainsi que sa féminité."
Silvia Lippi, Transgressions, 2008
Par DS - Publié dans : Passion - Communauté : Relations amoureuses
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Jeudi 16 avril 2009
Selon les psys, de plus en plus de personnes gardent des liens avec leurs ex. La raison la plus évidente a priori est lorsqu’il y a des enfants : l’ex est l’autre parent. Mais des liens peuvent aussi être conservés avec des ex sans qu’il n’y ait d’enfants communs.

Que des parents, une fois séparés, gardent des contacts relativement aux enfants est souhaitable. Mais cela l’est uniquement au regard des enfants, c’est pour eux que ces contacts doivent exister : que leurs parents soient séparés ou non, ils restent tous deux leurs parents. Les contacts entre les parents ont donc comme raison d’être, dans un tel cas, les questions qui concernent les enfants (scolarité, organisation des vacances, activités sportives, artistiques et autres loisirs, difficultés rencontrées par l’enfant, etc.). Les choses deviennent moins claires lorsque les contacts entre les anciens conjoints débordent le cadre des enfants : moments passés ensemble sans aucun rapport avec les enfants, confidences, soutien dans les moments difficiles de la vie personnelle ou professionnelle… Ici, ce qui se joue est du même ordre que ce que l’on retrouve dans les liens maintenus avec les ex alors qu’il n’y a pas d’enfants. Et l’existence d’enfants communs, lorsqu’elle sert de justification dans un tel contexte, n’est qu’un prétexte à la perpétuation d’un lien qui est une façon de ne pas assumer jusqu’au bout la rupture.

Rompre sans perdre
En effet, au-delà des justifications par l’air du temps, au-delà de l’image de personnes modernes derrière laquelle peuvent se retrancher celles qui gardent des liens avec leurs ex, au nom, souvent, d’une amitié qui aurait pris le relais de l’amour, les liens ainsi conservés sont un symptôme : ils manifestent un conflit psychique intérieur entre la rupture et ce que signifie en principe une rupture, à savoir la perte. Rompre sans perdre, tel est le sens des liens avec les ex.

S’il y a eu rupture, c’est que quelque chose n’allait pas. Mais une rupture est une séparation, et toute séparation est une perte qui se vit dans le manque. Or, notre société de consommation, prête à devancer nos besoins et à satisfaire tous nos désirs avant même que nous ne les ayons formulés, favorise l’expansion du fantasme de ne jamais manquer de rien, d’être comblé : c’est l’image du bonheur en société consumériste (dont le but, bassement économique, n’est autre que de faire acheter).

La séparation comme perte et le manque sont source de souffrance. Mais c’est aussi une nécessité psychique pour pouvoir grandir et acquérir son autonomie. Un enfant ne grandit pas dans sa tête s’il ne se sépare pas de sa mère (ou si elle ne lui permet pas de se séparer). Naître, ce n’est pas seulement sortir du ventre de sa mère. Cela n’est que l’aspect physique de la naissance. Il faut encore la naissance psychique, qui passe obligatoirement par la séparation psychique d’avec les parents. Si cette séparation doit être progressive et ne pas se faire de façon brutale, elle est fondamentale au développement psychique et affectif de tout individu.

Survivance d'un attachement infantile aux parents : être né sans naître
Le maintien des liens avec les ex, qu’il se fasse d’ailleurs sous couvert d’amitié ou par l’entretien d’un conflit qui n’en finit pas (et au milieu duquel, lorsqu’il y a des enfants, ceux-ci sont utilisés contre l’autre parent pour maintenir le lien avec lui), est le signe d’une impossibilité à faire face à la séparation, à la perte, et ainsi au manque, qui trouve son origine dans l’enfance. C’est la marque de la perpétuation d’une composante infantile dans la vie adulte, la traduction d’une séparation d’avec les parents qui ne s’est pas faite psychiquement. Les raisons de ce sevrage raté peuvent être multiples : carences affectives vécues très tôt dans l’enfance, perte d’un parent dont le deuil n’a pu être fait (notamment parce que l’entourage familial n’a pas non plus fait le deuil), ou au contraire trop forte présence des parents qui ont voulu répondre à toutes ses demandes, y compris celles qu’il ne formulait pas, sans lui laisser le temps du manque qui permet que se développe le désir et qui apprend la patience (qui est une capacité à négocier avec la frustration). La séparation psychique n’a donc pu se faire, soit que la présence parentale ait été défaillante, empêchant ainsi qu’une séparation puisse s'effectuer dans d’assez bonnes conditions, soit qu’elle ait été trop présente, trop étouffante, trop envahissante, trop possessive. Absence trop brutale (abandonnisme) ou présence trop forte (couvage), le résultat est celui d’un avortement : une expulsion du ventre maternel qui n’a pas consisté à donner la vie.

Car, au-delà de la dimension seulement organique et physiologique, la vie, et donc la naissance, sont des événements psychiques. C’est le ratage de ces événements que signe la persistance des liens avec les ex, qui perpétuent l’impossibilité de la naissance « dans la tête ». Le lien avec les ex est donc plus l’indicateur d’une fragilité de la personnalité que la marque d’une modernité décontractée.

Manque de place pour un nouveau conjoint
Signes de problèmes psychiques qui remontent à l’enfance, les liens avec les ex sont aussi la cause de nouveaux problèmes. En particulier, le refus d’une séparation aboutie, qui est un refus de faire face à la perte et au manque, fait obstacle à la création d’une nouvelle relation. Pour qu’une nouvelle relation amoureuse puisse s’épanouir, il faut en effet que la place que le nouveau conjoint est destiné à occuper soit libérée. C’est cela que l’on désigne communément lorsqu’on dit qu’il faut avoir fait le deuil de l’ancienne relation pour pouvoir en commencer une nouvelle dans de bonnes conditions. Or, la persistance de la présence des ex, en refusant la perte, empêche que la place soit libre.

Pour le nouveau conjoint, accepter les contacts avec les ex peut apparaître comme la preuve d’une bonne ouverture d’esprit et d’une certaine maturité. Pourtant, c’est accepter de ne pas occuper toute la place qui devrait lui revenir dans le couple. Cela peut l’arranger, en lui évitant une trop forte implication et un trop fort engagement dans la relation. Mais cette place réduite par la présence du passé qui n’est pas passé, de liens qui devraient ne plus exister et qui pourtant persistent, n’est pas celle que peut attendre quelqu’un qui désire occuper une véritable place dans un couple. Là encore, on peut soupçonner l’influence d’un scénario vécu dans l’enfance, un complexe d’Œdipe non résolu. Le nouveau conjoint se trouve ainsi en position infantile, il se soumet au désir de l’autre qui ne lui donne pas la place entière de conjoint. Et s’il réclame sa place en demandant à l’autre de rompre tout à fait avec ses ex, le couple court à la crise. Au nouveau conjoint, toutefois, de se demander pourquoi il s’est mis en couple avec quelqu’un qui est dans l’incapacité de rompre et de faire le deuil de ses anciennes relations.

Bien sûr, rompre véritablement avec les ex ne consiste pas à effacer le passé. Il s’agit en revanche de faire en sorte que ce passé relève bien du passé, au lieu de hanter le présent et d’hypothéquer ainsi l’avenir.
Par DS - Publié dans : Mon point de vue
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