Oh ! l'amour

Beaucoup pensent que l'amour est affaire de chance, et est finalement quelque chose de passif, dont chacun serait capable spontanément. Pourtant, comme le soulignait le psychanalyste Erich Fromm, rien n'est plus difficile que l'amour : "Il n'y a guère d'activité, d'entreprise, dans laquelle on s'engage avec des espoirs et des attentes aussi démesurées, et qui pourtant échoue aussi régulièrement que l'amour" (L'art d'aimer, 1956). Aimer, cela s'apprend.

Aux réflexions sur l'amour érotique ou conjugal, s'ajoutent aussi celles sur l'amour que les parents portent à leurs enfants, tant, là aussi, les choses sont loin d'être simples, si l'on veut bien admettre qu'il ne suffit pas de faire des enfants pour savoir les aimer.

Enfin, les thématiques du développement personnel et de l'estime de soi étant très en vogue, et ceux-ci étant généralement compris dans le sens individualiste et égoïste qui imprègne notre société, l'amour de soi est également interrogé, d'autant que, dit-on, on ne peut aimer autrui si l'on ne s'aime pas soi-même.

Tel est donc le sens de ce blog : réfléchir et faire réfléchir sur l'amour (des autres, de soi), le couple, le mariage, le divorce, l'adultère, le désir, la sexualité, la famille, l'inceste, à travers mes propres réflexions, lectures et recherches.
Samedi 10 mai 2008
"On peut aimer en cultivant une complicité intellectuelle, mais aussi de multiples manières grâce au corps : embrasser un genou écorché, caresser des épaules nouées par une dure journée de travail, réchauffer entre ses mains d'autres mains refroidies, bercer l'autre comme un enfant quand il est triste, donner un baiser sur son front, un autre sur sa bouche, et faire l'amour... Chercher le plaisir corporel de l'autre permet de découvrir son propre corps et son propre rapport au plaisir. Faire l'amour revient vraiment à le fabriquer, comme un ébéniste fait un meuble, comme un artisan maçon fait une maison ; c'est travailler sa forme, sa résistance, ses textures, apprendre à reconnaître peu à peu le corps comme le bois ou la brique sous ses doigts et en découvrir toutes les nuances. Voilà pourquoi l'amour a besoin de répétition pour s'affiner et s'épanouir. La part d'inconnu qui se conquiert dans l'aventure répétée des corps est aussi une découverte de soi. Mais cette répétition nécessaire à l'affinage des sensations et à la complicité des corps a aussi des effets sur l'usure du désir - qui par définition en veut toujours plus".
Pascal Duret, Le couple face au temps, 2007
par DS publié dans : Sexualité
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Vendredi 2 mai 2008
"... tout notre intérêt qui se porte vers le monde extérieur et les autres personnes se fonde, en fin de compte, sur le besoin que nous avons d'eux. Nous en avons besoin pour deux raisons : l'une est évidemment d'obtenir d'eux des satisfactions à la fois pour nos besoins de conservation et de plaisir, l'autre pour les haïr, afin de pouvoir expulser en dehors de nous et décharger sur eux ce qui est mauvais et dangereux en nous. Je pense que c'est pourquoi la jalousie est si souvent ressentie alors qu'elle n'est pas fondée. Lorsque quelqu'un - inconsciemment - éprouve le sentiment de manquer d'amour et de bonté et craint que ce défaut ne soit découvert par le partenaire amoureux ou ne le blesse, alors il commence à être jaloux et à rechercher chez l'autre un manque d'amour afin de ne pas voir ce défaut en lui-même, afin de voir le mal chez un rival au lieu de le voir en lui".
Joan Riviere, "La haine, le désir de possession et l'agressivité", 1936
par DS publié dans : Amour et jalousie
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Lundi 28 avril 2008
"... l'amour-passion, est un état exagéré, pathologique, asocial, que le romantisme a construit comme modèle idéal. C'est un état amoureux souvent empêché, tellement intense qu'il conduit à la folie ou à la mort. C'est un amour interdit lié à la transgression et donc à une expérience extatique, sacrée, exceptionnelle. Les grands récits mythiques de la modernité racontent ces amours sublimes. Sa fin n'est jamais la vie commune. L'idéal d'amour du commun des mortels se calque sur cette forme hyperbolique, mais en oubliant la fin du mythe. Ainsi les amoureux espèrent vivre un amour fort, puissant, brûlant d'un feu éternel. Au lieu de vivre cette passion en dehors, ils entendent en faire l'acte constitutif de leur mariage. Evidemment, le mythe aboutit à une identification des conduites qui s'achève souvent en drames : suicide, crime passionnel, folie. L'amour moderne essaie de faire perdurer ce modèle et ceci amène les amants à des relations successives qui permettent de découvrir "le grand amour", "le bon", celui qui durera avec intensité, qui échappera éternellement à la banalité du quotidien".
Serge Chaumier, La déliaison amoureuse, 1999
par DS publié dans : Passion
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Dimanche 27 avril 2008
"La (...) jalousie projetée provient de la propre infidélité dont le sujet fait preuve dans la vie ou d'impulsions à l'infidélité qui ont succombé au refoulement. C'est un fait d'expérience quotidienne que la fidélité, surtout celle qui est exigée dans le mariage, ne peut être maintenue que contre des tentations constantes. Celui qui dénie ces tentations ressent pourtant leur pression avec une telle force qu'il a volontiers recours à un mécanisme inconscient pour se soulager. Il atteint un tel soulagement, voire même un acquittement vis-à-vis de sa conscience, en projetant ses propres impulsions à l'infidélité sur l'autre partie, et pourrait se justifier par la réflexion que le ou la partenaire n'est vraisemblablement pas meilleur que soi-même.
Les usages sociaux ont tenu compte de cet état de choses d'une manière avisée en permettant un certain jeu à l'envie de plaire de la femme mariée et à l'envie de conquérir de l'époux, dans l'espoir de drainer ainsi l'inexorable penchant à l'infidélité et de le rendre inoffensif. La convention établit que les deux parties n'ont pas à se tenir rigueur de ces petits écarts en direction de l'infidélité, et elle obtient la plupart du temps que la convoitise qui s'est enflammée pour un objet étranger soit satisfaite, dans un certain retour à la fidélité, aurpès de l'objet propre. Mais le jaloux ne veut pas reconnaître cette tolérance conventionnelle, il ne croit pas qu'il y ait d'arrêt ou de retour une fois que le chemin a été emprunté, ni que le "flirt" mondain puisse être une assurance contre une infidélité réelle".
Freud, "Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l'homosexualité", 1922
par DS publié dans : Amour et jalousie
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Samedi 26 avril 2008
"... chaque fois que nous sommes en relation avec l'autre, nous mettons en acte notre désir de ne pas nous annuler dans l'autre. Nous voulons être avec l'autre, mais en même temps, pour sauvegarder notre individualité, nous voulons ne pas l'être complètement. D'où cette façon d'être présent et de ne pas être présent, d'être là et de ne pas être là, de rechercher l'autre et de le trahir, toutes manières d'être qui sont indissociables de la relation amoureuse. Parce que l'amour est une relation, non une fusion. Et, en effet, si nous n'existions pas comme individualités autonomes, non seulement nous ne pourrions pas rencontrer l'autre et entrer en relation avec lui, mais nous n'aurions même rien à raconter à un autre qui serait entré en fusion symbiotique avec nous".
Umberto Galimberti, Qu'est-ce que l'amour ?, 2004
par DS publié dans : Fusion/défusion
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